
Rock it to the Moon a déclenché une petite tempête dans la sphère indie de la musique britannique. Très instrumental autant qu'électronique, on retiendra de ce premier album ses cinq premières pistes qui retournent littéralement et ce, dès la première écoute. The invisible dog, piste sur laquelle s'ouvre l'album, fait vriller l'oreille et instaure d'entrée la tension entre électro, basses lancinantes et aboiements à grands renforts du Farfisa de Verity Susman. On notera d'ailleurs que cette thèmatique du canidé se retrouve dans le tout dernier album No Shouts No Calls (sur Between the Wolf and the Dog) continuant de fait l'exploration presque obsessionnelle lancée par cette première piste.
Les riffs discordants de long dark, la piste qui suit, ont de quoi ravir les aficionados de l'instrument et les ravissent en effet puisque lors d'une session d'enregistrement dans son studio personnel, Steve Albini lui-même y a mis sa touche, gratifiant Electrelane d'une B-side de qualité. L'influence de ce monstre sacré du rock indépendant se ressent d'ailleurs dans les productions plus tardives d'Electrelane, particulièrement dans ses pistes instrumentales les plus brutales (un echo à Shellac?). Sur les mêmes bases que the invisible dog, Gabriel offre des basses puissantes et des voix atrophiées en fond sonore avant une tempête mélodique, interrompue ça-et-là par des sursauts compulsifs que vient compléter Film Music quatre minutes plus tard en s'abandonnant totalement à la mélodie et offrant sa couleur définitive à l'album.
Gênées, encore hésitantes dans la rhétorique -voire la technique- de leur musique, les quatres musiciennes d'Electrelane n'en sont que plus touchantes dans cette recherche débarassée de tout arrière-plan et d'idées reçues. Electrelane pose ici la première pierre d'un édifice inédit sans même s'en donner l'air car, j'oubliais, les quatres jeunes filles de Brighton sont encore plus humbles sur scène.
